Les Légendaires : transformer la BD en film d'animation 3D
Inside Dreamwall : comment transforme-t-on une icône de la BD en un monde cinématographique 3D ?
L’adaptation d’une œuvre littéraire ou graphique au cinéma impose un défi de taille : respecter l’imaginaire des lecteurs tout en exploitant les capacités technologiques du format long-métrage. Pour ce premier numéro de notre série « Inside Dreamwall », nous vous emmenons dans les coulisses du film Les Légendaires.
Nous avons rencontré Cédric Stourme, lead de l’équipe de Modeling / Surfacing, pour comprendre comment son équipe a donné du volume et de la texture à l’univers culte de Patrick Sobral sous la houlette du réalisateur Guillaume Ivernel.
La « grammaire visuelle » de Sobral : l'équilibre entre fidélité et enrichissement
Le passage de la 2D à la 3D n'est jamais une simple mise en volume des dessins originaux. C'est un travail d'interprétation qui demande une grande rigueur analytique. Chez Dreamwall, la bande dessinée n'est pas seulement une référence, elle est une véritable « grammaire ».
Pour Patrick Sobral, chaque trait a une fonction. En animation 3D, ce trait doit devenir une surface, une ombre, une profondeur.
Pour injecter des détails inédits tout en restant fidèles à l’âme de l’œuvre, l'équipe a élaboré des moodboards ultra-documentés. Ces recherches ont porté sur l’architecture, la botanique et la mécanique. Cette phase de documentation permet d'ajouter une couche de réalisme technique qui soutient la narration. C'est une méthodologie que nous appliquons également sur des projets aux styles graphiques très différents, comme Mon chien, Dieu et les Pokétrucs, où chaque asset doit porter une intention narrative claire.
gallery
Le défi technique : la cité d’Orchidia sous Unreal Engine
Le point d’orgue du travail de modélisation sur ce film est sans conteste la cité d’Orchidia. Ce décor monumental propose un mélange audacieux d’architecture arabo-islamique et d’Art déco, le tout structuré autour d’un arbre central gigantesque.
Le défi ne résidait pas seulement dans la création esthétique, mais dans la performance technique pure. Faire tenir des décors d’une telle envergure dans le logiciel Unreal Engine, tout en maintenant une fluidité parfaite pour l’animation, a nécessité des optimisations poussées.
L'utilisation d'Unreal Engine pour un long-métrage de cette ampleur change la donne. Contrairement aux pipelines traditionnels, le rendu en temps réel impose une gestion des polygones très stricte dès l'étape de la modélisation.
● Gestion du gigantisme : chaque branche de l'arbre central a été sculptée pour garantir une silhouette unique sous tous les angles de caméra, évitant ainsi l'aspect répétitif des assets générés de manière procédurale.
● Optimisation logicielle : « C’était impressionnant de voir le logiciel arriver à ses limites mais tenir le coup grâce à nos solutions d'optimisation », précise Cédric.
gallery
Le surfaçage : donner vie à la matière par le micro-détail
Si la modélisation définit l'ossature et les volumes, c’est le surfacing (ou surfaçage) qui apporte la crédibilité finale. Cette étape consiste à travailler la réaction des surfaces à la lumière et à définir la nature des matériaux. Pour Les Légendaires, l'équipe a travaillé sur des échelles microscopiques pour garantir que le monde paraisse tangible à l'écran.
Le surfaçage ne se limite pas à appliquer une couleur. Il s'agit de simuler l'histoire de l'objet ou du lieu :
1. L’accroche de la lumière : l'ajout de biseaux précis sur les angles des bâtiments pour simuler l'usure naturelle.
2. L’usure du temps : l'intégration de fissures dans la roche et d'imperfections dans les matériaux nobles de la cité.
3. Le grain des matières : le rendu spécifique d'un cuir vieilli ou d'un métal poli par le vent et le sable.
Ce sont ces détails qui permettent au spectateur de ressentir physiquement la démesure des édifices à l’écran. Cette expertise en texturation et en rendu de matière est un savoir-faire que nous avons affiné sur des projets d'envergure tels que Ploey II ou encore l'univers riche du Marsupilami.
gallery
La force du collectif « environnements » au service de la vision
Transformer une icône de la bande dessinée en un monde cinématographique est une tâche titanesque qui repose sur la synergie entre les différents pôles du studio. Le dialogue permanent avec le réalisateur Guillaume Ivernel a permis d'ajuster les curseurs pour ne jamais perdre de vue l'émotion et la vision qu’il avait du film.
Chez Dreamwall, le métier de modeleur-surfaceur est au carrefour de l'ingénierie et de l'artisanat. Le travail de l’équipe « Environnements » sur Les Légendaires illustre notre engagement à fournir une qualité visuelle de haut niveau, quel que soit le support d'origine.
En explorant ces métiers de l'ombre, nous souhaitons mettre en lumière la précision technique et la passion artistique qui animent nos studios. Ce premier volet d'« Inside Dreamwall » n'est que le début d'une série dédiée à la découverte des talents qui font l'animation d'aujourd'hui. Nous croyons fermement que la compréhension de ces processus permet d'apprécier d'autant plus l'œuvre finale une fois projetée dans l'obscurité des cinémas.